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Un portrait dessiné à la main de la tête et les épaules de Claire Goodwin aux cheveux longs et un foulard au cou.

Claire Goodwin, conservatrice au musée du Centre de référence de l’Atlantique (CRA)

Claire Goodwin est conservatrice au musée de la vie marine du Canada de l’Atlantique à St. Andrews, au Nouveau-Brunswick. Au Centre de référence de l’Atlantique (CRA), elle s’occupe des collections de milliers de spécimens du musée. Elle étudie les éponges et elle fait de la plongée marine pour découvrir des nouvelles espèces d’éponges pour les recherches effectuées par la communauté scientifique.

Plongez plus profondément

Entrevue des carrières en sciences marines.

Quelles tâches faites-vous?

Une partie de mon travail de scientifique de recherche en biodiversité marine du Centre des sciences marines Huntsman, consiste à conserver les collections du Centre de référence de l’Atlantique (CRA), un musée de recherche consacré au milieu marin du Canada atlantique. En partenariat avec le Centre des Sciences de la Mer Huntsman et le ministère des Pêches et Océans, nous sommes connus sous le nom ARC, comme l’Arche de Noé de l’anglais, Noah’s Ark, car nous essayons de garder un exemple de tout ce que l’on trouve. Les collections que je maintiens comptent plus de 150 000 lots de spécimens bien organisés, et conservés en bonne condition, allant de minuscules planctons aux grands requins. Je fais aussi en sorte que le catalogue du musée est à jour pour que nous puissions retrouver chaque spécimen.

Que faites-vous lorsque vous ne travaillez pas au musée?

Lorsque je ne fais pas le travail de conservatrice au musée du CRA, je dirige des projets de recherche en biodiversité au centre Huntsman, où un laboratoire sert à l’équipe de la taxonomie, des techniciens qui identifient les animaux marins. Nous avons plusieurs projets en cours, notamment l’analyse des effets des microplastiques sur les communautés de zooplancton, ainsi que l’examen des régions potentielles de zones de protection marine. D’autres établissements nous envoient parfois des échantillons à identifier, et par moments, nous explorons nos propres questions et nous prenons des échantillons sur le terrain en les traitant et en les analysant pour ensuite publier nos résultats.

Avez-vous une spécialisation?

Je suis spécialiste des éponges marines (l’embranchement Porifera). Ces animaux sont très simples, mais très importants pour la structure et le fonctionnement de leurs communautés. Ils sont souvent négligés, car ils peuvent être difficiles à identifier. Environ 8 500 espèces d’éponges sont connues par les scientifiques (elles ont des noms et des descriptions), mais nous pensons qu’il en existe deux fois plus dans les océans. Dans mes travaux de recherche, j’ai décrit 83 espèces qui sont nouvelles pour la science, et il y en a encore plus à découvrir!

Photo sous-marine d’une plongeuse qui prend en photo une éponge jaune

Claire photographie une éponge avant d’en prendre un échantillon. (Photo: Torben Brydges, Pêches et Océans Canada.)

Qu’est-ce que la taxonomie?

La taxonomie est le processus de classement des choses, surtout les organismes, dans un système plus élaboré. C’est le fait d’identifier les animaux ou les plantes pour les nommer, puis nous les plaçons sur une échelle de vie, selon leurs similarités et leurs différences. Un taxonomiste marin est donc la meilleure personne avec qui on peut partager une randonnée sur la plage, car il possède toutes les connaissances pertinentes!

Quelle est la mission du musée de recherche?

Tous les musées entreposent des articles d’intérêt selon leur thème et ils les mettent en exposition. Notre musée entrepose des poissons et des invertébrés préservés pour des fins de recherche. Par exemple, on a attrapé le requin griset quelques fois seulement, au large des eaux atlantiques canadiennes. Vue l’importance de connaître ce fait et de pouvoir le confirmer, plusieurs de ces spécimens nous ont été envoyés pour leur sauvegarde.

Les musées de recherche comme le CRA sont des centres d’information pour les scientifiques qui utilisent les collections pour leurs études et pour améliorer leurs connaissances actuelles des animaux et des plantes. Ils peuvent explorer comment, par exemple, les territoires des espèces changent avec les changements climatiques. Les scientifiques peuvent aussi comparer nos spécimens avec les leurs pour les aider à les identifier, ou pour vérifier s’il s’agit d’une toute nouvelle espèce.

À quoi ressemble votre journée typique?

Une des choses que j’aime bien à propos de mon travail, c’est que je n’ai pas vraiment de journées typiques. Je peux être assise au bureau à écrire des rapports, et la journée suivante, je sors faire de la plongée! Lorsque je fais de la plongée, je cueille souvent des échantillons et je les ramène au laboratoire pour les identifier. Si nous avons un spécimen important, nous l’ajoutons à notre collection du musée. Nous aimons aussi nous entretenir avec les membres de la communauté, alors je donne des entrevues ou je réponds aux questions des gens qui veulent des conseils sur les espèces marines.

Quelle partie de votre travail est la plus agréable?

J’apprécie le fait d’explorer et d’étudier des nouvelles régions sous-marines. C’est une sensation fantastique d’observer une communauté sous les océans et de savoir que personne d’autre ne l’a déjà vue. J’ai l’occasion de voir tellement d’animaux extraordinaires, et lors d’une plongée, ils viennent souvent me voir de près! C’est une expérience palpitante, surtout lorsqu’il s’agit d’un grand animal, comme un requin pèlerin ou une otarie à fourrure curieuse! Mes projets de recherche m’ont amenée partout dans le monde, du Groenland à l’Antarctique. J’aime beaucoup voir toutes les différentes régions et les diverses espèces, mais ça peut présenter des défis. Parfois, des spécimens sont tellement étranges que nous ne savons même pas dans quelle classe les regrouper!

Je trouve tout aussi passionnant de classer et d’identifier les différentes espèces selon leur région. Lorsqu’un scientifique donne un nom à une nouvelle espèce, Il doit faire un don du spécimen type à un musée comme un échantillon original de cette espèce. Si je crois avoir trouvé une nouveauté scientifique, je dois effectuer beaucoup de recherche pour le prouver, en examinant les spécimens types des espèces rapprochées et en étudiant des ouvrages anciens. Par contre, j’aime bien ce genre de défi. De plus, c’est très satisfaisant de donner un nom à quelque chose qui n’avait jamais été nommé.

Comment faites-vous la cueillette des spécimens

Je fais la cueillette de spécimens durant la plongée sous-marine surtout, mais aussi lors des croisières au large, à bord des grands navires de recherche où nous cueillons des spécimens marins à l’aide d’un ROV (un véhicule télécommandé). Le ROV nous permet de prendre des échantillons dans les régions trop profondes ou dangereuses pour les plongeurs. Au Groenland, nous avons trouvé des échantillons à 3 500 mètres de profondeur (il a fallu plus de 2 heures pour que le ROV plonge jusqu’au fond de l’océan). Nous étions assis dans le véhicule de contrôle à regarder les images vidéo provenant des caméras du ROV. Lorsque nous voyions un animal à cueillir, le pilote du ROV le prenait à l’aide d’une pince ou d’un aspirateur. Quelle changement agréable de faire la cueillette dans un espace chaud, en buvant du thé!

Photo de trois plongeurs sur le pont d’un navire et une caverne sous-marine en arrière-plan.

Dans les îles Falkland, Claire (à l’avant) se prépare pour examiner une caverne sous-marine qui n’avait jamais été explorée auparavant. Claire a participé comme spécialiste en éponges à cette expédition de l’Institut de recherche environnementale de l’Atlantique Sud. (Photo: Marina Costa/SAERI)

Quelle compétence est importante pour votre travail?

Pour ce poste, j’ai besoin d’un diplôme d’études supérieures et beaucoup d’expérience en recherche. Je possède un doctorat et j’ai travaillé dans un musée en Irlande du Nord pendant plusieurs années, avant de travailler au Centre des sciences de la mer Huntsman. Je dois également avoir une formation avancée en plongée. Faire de la plongée pour l’exploration et la cueillette de spécimens peut présenter un grand défi. J’ai déjà plongé dans des courants forts où se trouvaient des animaux marins potentiellement dangereux, comme des phoques léopard. Parfois aussi, il y a des icebergs. Il faut être parfaitement à l’aise dans l’eau pour être capable de se concentrer sur des activités scientifiques, car certaines tâches sous-marines sont très difficiles. Imaginez que vous essayez de mettre un très petit animal dans un très petit sac d’échantillon avec une paire de gants très épais, tout en manipulant un gros appareil photo. C’est encore plus difficile lorsqu’on est en suspension devant un mur et qu’un courant fort menace de pousser les spécimens au large. J’ai appris à plonger pendant mes études et j’étais dans l’eau le plus souvent possible pour devenir plus expérimentée. J’ai maintenant fait plus de 1 000 plongées.

Avez-vous besoin de compétences spécifiques pour être capable d’identifier des espèces?

Pour identifier une espèce, on a besoin d’un bon sens d’observation afin de remarquer les petites différences qui font qu’une espèce est unique. Les différences peuvent être minuscules, comme une espèce qui compte plus d’épines sur ses pattes. Parce que plusieurs espèces sont très petites, il faut un microscope pour les voir. De plus, la connaissance de quelques langues étrangères est un atout, car les anciennes descriptions d’espèces étaient souvent écrites en français, en allemand et même en latin.

Qu’est-ce qui vous a inspirée à travailler en biologie marine?

J’ai toujours aimé être dehors et observer les animaux, mais puisque j’ai grandi dans les terres, je suis allée aux plages uniquement durant les vacances. Je pensais faire des études universitaires associées à la biologie, mais je ne savais pas dans quel domaine. À l’âge de 16 ans, j’ai gagné une compétition pour faire de la voile sur un grand voilier. Malgré les vents de tempête, j’ai beaucoup aimé mes deux semaines en mer d’Irlande, et c’est après ce voyage que j’ai décidé d’étudier la biologie marine, dans l’espoir de passer plus de temps en mer!

Avez-vous des conseils pour ceux et celles qui voudraient travailler dans ce domaine?

L’idéal c’est toujours d’accumuler autant d’expérience que possible en faisant des stages ou du bénévolat. Ces démarches peuvent mener à l’obtention d’un poste dans un domaine qui est parfois très compétitif. Mieux vaut de développer de nouvelles compétences et de nouvelles relations avec des employeurs potentiels. De plus, c’est une bonne façon de découvrir le genre de travail qui vous plait davantage. Il existe un très grand nombre de carrières intéressantes dans les sciences de la mer.

Une photo de Claire Goodwin tenant un livre de référence dont elle est coautrice.

Claire développe des ressources pour aider les gens à identifier les animaux marins. Elle est co-auteure du chapitre portant sur les éponges dans ce livre grandement utilisé. (Photo: Huntsman Marine Science Centre)